Contexte

Depuis plus de 20 ans, l'équipe du Professeur Pierre-Yves Dietrich travaille à comprendre comment le système immunitaire peut agir contre les cancers du cerveau (gliomes), pour lesquels les traitements conventionnels ont malheureusement une activité très limitée. Les gliomes sont des tumeurs dévastatrices car elles se développent dans les zones du cerveau qui contrôlent nos émotions et nos sens ou encore nos capacités à marcher, parler, écrire, sentir, aimer ou penser. L'utilisation de notre propre système de défense est une stratégie de recherche prometteuse. Le but est de déclencher ou renforcer une réponse immunitaire qui va reconnaître les cellules cancéreuses et les détruire sans pour autant affecter les cellules saines du cerveau ou du reste du corps. Mais les antigènes de gliomes ne sont pas encore clairement identifiés et les règles de la réponse immunitaire dans le cerveau sont mal connues.

 

Projet

Ce projet doit contribuer au développement d'immunothérapies dirigées spécifiquement contre des cibles antigéniques définies, tout en contournant les systèmes de défense mis en place par les gliomes. Il doit également prendre en compte le site très particulier dans lequel surviennent ces tumeurs. En effet, le cerveau a des caractéristiques anatomiques et fonctionnelles remarquables qui impliquent que l'initiation et la régulation des réponses immunitaires dans cet organe doivent obéir à des règles particulières. Enfin, des premiers essais cliniques exploitant cette méthodologie pour une vaccination contre le cancer sont en cours.

 

Où en sommes nous?

Décembre 2018: Vers un vaccin personnalisé contre le cancer du cerveau

Un consortium européen, dont font partie des chercheurs et cliniciens genevois, a dévoilé un vaccin thérapeutique prometteur contre le glioblastome, un type de cancer du cerveau touchant fréquemment les jeunes adultes et les enfants et pour lequel les traitements actuels offrent peu d’espoir. Cette première mondiale est à découvrir dans le prestigieux journal Nature (voir ci-dessous lien avec l'article)

 

Un vaccin résultant d’une alliance entre institutions


Les meilleurs chercheurs et cliniciens européens du domaine ont lancé en 2013 le consortium GAPVAC (pour Glioma Actively Personalized Vaccine Consortium - ou Consortium pour un vaccin hautement personnalisé contre le gliome), financé par l’Union européenne.  «Face au manque de traitements efficaces, nous avons décidé d’unir nos forces» explique Pierre-Yves Dietrich, chef du service d’oncologie des HUG qui a codirigé cette étude avec Wolfgang Wick, chef de la clinique de neurologie de l’Université de Heidelberg, en Allemagne. «Notre but est de développer des vaccins «à la carte» adaptés aux caractéristiques individuelles de la tumeur du patient. Pour ce faire, nous avons combiné des technologies de pointe disponibles chez les divers partenaires de ce consortium, afin de définir «l’empreinte digitale» de chaque tumeur lui permettant d’être reconnue par les cellules du système immunitaire et de l’utiliser comme vaccin », détaille-t-il. Le vaccin a pour but de stimuler le système immunitaire du patient afin qu’il combatte la tumeur. « On parle donc d’immunothérapie, le système de défense naturel de chaque individu étant utilisé pour combattre le cancer ».

 

Du sur-mesure pour chaque patient

Les compositions vaccinales ont donc été personnalisées pour chacun des 15 patients et ont induit des réponses immunitaires intenses, jamais observées jusqu’à présent dans le contexte des tumeurs du cerveau. « Pour la première fois, la faisabilité d’une immunothérapie personnalisée a été démontrée chez le patient. On a ainsi franchi un obstacle important, qui paraissait insurmontable il y a 5 ans, et qui ouvre un réel espoir pour le traitement de ces maladies encore dévastatrices », se réjouit Pierre-Yves Dietrich.

Ces résultats couronnent plus de 20 ans de recherche menée par l’équipe du professeur Dietrich aux HUG/UNIGE. Après une longue période de recherche fondamentale consacrée à comprendre les mécanismes de la réponse anti-tumorale dans le cerveau, cette équipe a découvert une dizaine d’antigènes de gliome, c'est à dire des cibles à la surface des tumeurs contre lesquelles diriger le système immunitaire. Cette étape clé a permis de démarrer en 2013 les premiers essais  de vaccination thérapeutiques  au sein de l’unité de recherche clinique Fondation Dr Henri Dubois Ferrière Dinu Lipatti du département d’oncologie. C’est sur la base de ces recherches initiales que s’est construit l’essai clinique publié actuellement dans Nature. La personnalisation de cette approche à chaque patient a été possible grâce aux différentes expertises du consortium GAPVAC, un des premiers groupes au monde capable d’une telle prouesse.

 

Chefs de projet

Professeur Pierre-Yves Dietrich, Directeur de département, Département d’oncologie, Hôpitaux Universitaires de Genève
Docteure Valérie Dutoit, Biologiste, Service d’oncologie, Département d’oncologie, Hôpitaux Universitaires de Genève
Docteur Paul Walker, Biologiste, Service d’oncologie, Département d’oncologie, Hôpitaux Universitaires de Genève

 

Avec le généreux soutien de 

          

Galerie Vidéo

Pour aller plus loin

International Journal of science Nature, 19 décembre 2018